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Durcissement · Guide

Durcir un Active Directory de bout en bout.

Vérifié le 5 septembre 2026 Sources ANSSI-PA-099, Microsoft Learn (recoupées ce jour) À revoir avant septembre 2027

Un Active Directory compromis, c'est une organisation entière compromise. Ce n'est pas une formule : l'annuaire est le service qui décide qui a le droit de se connecter à quoi, avec quels privilèges. Un attaquant qui obtient les droits d'administration du domaine n'a plus besoin de chercher d'autre faille - il a déjà les clés de tout le reste. C'est pour cette raison qu'un AD est presque toujours l'objectif final d'une intrusion, même quand le point d'entrée était un simple poste utilisateur sans rien de sensible dessus.

En résumé

  • Un Active Directory compromis, c'est l'organisation entière compromise : l'annuaire décide qui accède à quoi, ce qui en fait l'objectif final de presque toute intrusion.
  • Le durcissement n'est pas une liste de GPO à activer, mais plusieurs barrières indépendantes : identités cloisonnées, protocoles d'authentification sains, délégations maîtrisées, supervision, capacité de reprise.
  • L'ordre compte : cartographier avant de modifier, auditer un protocole avant de le restreindre, et ne jamais généraliser une mesure sans l'avoir testée sur un périmètre pilote.
  • Les compromissions d'annuaire viennent bien plus souvent de pratiques d'administration mal cloisonnées que de vulnérabilités logicielles : le modèle en paliers rapporte donc plus que n'importe quel correctif.
  • Ce guide se lit en quatre parties indépendantes, chacune validée sur un environnement réel et datée séparément, parce que ces domaines vieillissent à des vitesses très différentes.

Ce guide couvre le durcissement d'un AD de bout en bout : pas une astuce isolée, mais l'ensemble des chantiers qui, mis bout à bout, transforment un annuaire par défaut en annuaire réellement défendable. Il s'appuie sur le guide de référence de l'ANSSI (ANSSI-PA-099, octobre 2023) et sur le modèle de paliers documenté par Microsoft. Chaque section explique le pourquoi avant le comment : appliquer une mesure sans comprendre ce qu'elle empêche produit une fausse sécurité, cochée sur un audit mais contournable en pratique.

Avant de commencer

Ne testez rien de ce guide directement en production. Beaucoup de ces mesures - désactiver un protocole hérité, changer une stratégie Kerberos, imposer une signature - peuvent casser une application métier qui en dépend encore sans que personne ne le sache. Validez chaque étape sur un environnement de test, ou au minimum sur un petit périmètre pilote, avant de généraliser.

1. Ce que vous protégez, exactement

Le premier réflexe est souvent de modifier des dizaines de stratégies de groupe. C'est l'ordre inverse. Il faut d'abord savoir ce que l'on protège et contre quel enchaînement.

Active Directory est le plan de contrôle des identités de l'entreprise. Microsoft en tire une séparation en niveaux de confiance, qui est la structure de tout ce qui suit :

  • Palier 0 - les contrôleurs de domaine, le compte krbtgt, les autorités de certification AD CS, AD FS, les connecteurs d'annuaire vers le cloud, les groupes Domain Admins et Enterprise Admins, et tout système capable d'administrer l'un de ces éléments. Qui contrôle le palier 0 contrôle tout le reste, sans exception.
  • Palier 1 - les serveurs métier (bases de données, applications, fichiers) et leurs administrateurs. Un administrateur de palier 1 ne doit jamais pouvoir remonter au palier 0.
  • Palier 2 - les postes de travail, leurs utilisateurs et le support de proximité, y compris les comptes d'administration locale des postes.

Cette séparation existe pour empêcher une chose précise : qu'une compromission de poste utilisateur permette de récupérer, de proche en proche, de quoi administrer un contrôleur de domaine.

2. Cartographier avant de toucher à quoi que ce soit

On ne durcit pas un environnement qu'on ne connaît pas. Cette étape n'a l'air de rien : c'est pourtant elle qui évite de couper un protocole dont dépend encore une application de paie dont plus personne ne se souvient.

Get-ADForest
Get-ADDomain

Get-ADDomainController -Filter * |
    Select-Object HostName,Site,OperatingSystem,IPv4Address

Get-ADTrust -Filter *

Get-ADGroupMember "Domain Admins"    -Recursive
Get-ADGroupMember "Enterprise Admins" -Recursive
Get-ADGroupMember "Schema Admins"     -Recursive

Complétez cet inventaire technique par la liste de ce qui dépend de l'annuaire, car c'est cette liste qui décidera de votre rythme : comptes de service, comptes sans expiration de mot de passe, applications utilisant LDAP, systèmes utilisant encore NTLM, certificats et autorités de certification, relations d'approbation, solution de sauvegarde, hyperviseurs, supervision, EDR, gestion des correctifs.

3. Les chemins de compromission

Un durcissement efficace ne se pense pas en mesures, mais en chaînes. L'attaquant n'a pas besoin que tout soit vulnérable : il lui faut un maillon par étape.

poste utilisateur compte utilisateur serveur membre compte de service privilèges AD Domain Admin contrôleur de domaine cloisonnement des paliers (partie 1) LAPS : mot de passe local unique (partie 1) gMSA, comptes de service sans privilège (partie 3) ACL et délégations maîtrisées (partie 3) surface du DC réduite, protocoles signés (partie 2) Chaque maillon coupé suffit à arrêter la chaîne : il n'est pas nécessaire de tous les couper d'un coup, c'est même la mauvaise méthode - chaque étape doit produire sa liste d'exceptions. Ce qui reste quand un maillon tient quand même : la supervision et la reprise (partie 4).
Le durcissement ne se pense pas en mesures isolées, mais en maillons à couper

Les questions à se poser sont donc des questions de chemin, pas de conformité :

  • Un administrateur de serveur peut-il, directement ou par rebond, administrer un contrôleur de domaine ?
  • Un compte de service possède-t-il des privilèges sans rapport avec son usage ?
  • Un utilisateur ordinaire peut-il modifier une liste de contrôle d'accès sur une unité d'organisation sensible ?
  • Des applications font-elles encore du LDAP simple non chiffré ? Des systèmes s'authentifient-ils encore en NTLM ?
  • Des comptes à privilèges se connectent-ils sur des postes bureautiques ?
  • Un utilisateur standard peut-il obtenir un certificat permettant une authentification privilégiée ?
  • Les sauvegardes des contrôleurs de domaine sont-elles accessibles depuis le réseau de production, avec les mêmes identifiants ?

4. L'ordre dans lequel avancer

Le plus gros risque d'un projet de durcissement AD n'est pas de mal faire une mesure : c'est de vouloir tout activer en même temps, de casser trois applications le même matin, et de tout annuler sous la pression - en revenant à un état pire que le point de départ, parce que plus personne n'osera y retoucher.

Ce découpage en neuf phases répartit le risque. Les premières apportent beaucoup pour un risque fonctionnel faible ; les suivantes touchent aux protocoles, donc à la production.

PhaseContenuRisque fonctionnel
0. InventaireContrôleurs de domaine, GPO, comptes à privilèges, comptes de service, usage de NTLM et LDAP, PKI, approbations, ACL, sauvegardes, EDR, DNS. Livrable : l'état des lieux daté.Nul
1. Sécurisation immédiateCorrectifs sur les contrôleurs de domaine, EDR partout, pare-feu, suppression des comptes inutiles, réduction de Domain Admins, LAPS, sauvegarde, supervision.Faible
2. PrivilègesPaliers, comptes d'administration séparés, PAW, Protected Users, comptes non délégables. Partie 1.Moyen (organisationnel)
3. ProtocolesAudit NTLM, correction des applications, audit LDAP, signature LDAP, channel binding, signature SMB, puis restriction de NTLM. Partie 2.Élevé
4. Comptes de serviceMigration vers les gMSA, puis retrait des anciens comptes. Partie 3.Moyen
5. ACL et délégationsAudit des chemins de privilèges, retrait des délégations inutiles. Partie 3.Moyen
6. AD CSModèles de certificats, permissions d'inscription, agents d'inscription, administration PKI en palier 0. Partie 3.Moyen
7. SupervisionAudit avancé, centralisation hors du domaine, règles de détection. Partie 4.Nul
8. RepriseSauvegarde isolée, corbeille AD, DSRM, exercice réel de reprise chronométré. Partie 4.Nul

Une règle traverse les phases 3 à 6, et c'est probablement le conseil le plus utile de ce guide : chaque étape produit une liste d'exceptions. Une exception documentée est un risque connu et suivi ; une exception non écrite est un durcissement qu'on croira fait.

5. La checklist

À utiliser dans les deux sens : comme état des lieux au démarrage, puis comme contrôle de recette à la fin de chaque phase. Chaque bloc renvoie à la partie qui explique le pourquoi et donne les commandes.

Identités et paliers

  • Paliers 0, 1 et 2 définis, et écrits
  • Domain Admins, Enterprise Admins et Schema Admins réduits au strict nécessaire
  • Groupes hérités audités : Account Operators, Backup Operators, Server Operators, Print Operators
  • Comptes d'administration séparés des comptes bureautiques
  • Franchissement de palier interdit techniquement, pas seulement par consigne
  • Postes d'administration dédiés (PAW) pour le palier 0, puis pour le palier 1
  • Protected Users pour les comptes compatibles, après test
  • Comptes sensibles marqués non délégables
  • Windows LAPS déployé : mot de passe administrateur local unique par machine
  • Lecteurs des mots de passe LAPS traités comme des comptes à privilèges
  • Credential Guard et protection LSA là où c'est compatible
  • Utilisateurs non administrateurs locaux de leur poste
  • Comptes utilisateurs et machines inactifs désactivés puis supprimés
  • MFA sur les accès d'administration là où c'est possible

Protocoles et contrôleurs de domaine

  • Système d'exploitation supporté et à jour sur tous les contrôleurs de domaine
  • Aucun rôle superflu sur un contrôleur de domaine ; spouleur d'impression désactivé
  • Pare-feu actif, connexions entrantes d'administration limitées aux PAW
  • Kerberos en AES ; RC4 et DES retirés après inventaire
  • Mot de passe krbtgt réinitialisé deux fois, avec l'attente entre les deux
  • Usage de NTLM inventorié, NTLMv1 et les empreintes LM supprimés
  • NTLM restreint progressivement, avec ses exceptions documentées
  • WDigest explicitement désactivé, pas seulement absent
  • Signature LDAP exigée, après une phase d'audit
  • Channel binding LDAP traité (audit, puis exigé)
  • LDAPS disponible pour les applications qui en ont besoin
  • Signature SMB exigée en entrée et en sortie ; SMBv1 désinstallé
  • LLMNR et NBT-NS désactivés
  • DNS AD cohérent, transferts de zone restreints, mises à jour dynamiques sécurisées

PKI, ACL et délégations

  • Autorités de certification inventoriées et traitées comme du palier 0
  • Modèles de certificats inventoriés ; les inutilisés dépubliés
  • Aucun modèle d'authentification ouvert à Utilisateurs authentifiés sans contrôle
  • Modèles autorisant le demandeur à fournir le sujet examinés un par un
  • Inscription automatique et agents d'inscription maîtrisés
  • Autorité de certification patchée au même rythme qu'un contrôleur de domaine
  • ACL des objets critiques auditées : GenericAll, GenericWrite, WriteDACL, WriteOwner, AllExtendedRights
  • AdminSDHolder vérifié et surveillé
  • Aucune délégation Kerberos non contrainte sans justification écrite
  • Comptes de service migrés vers des gMSA ; anciens comptes retirés
  • Approbations inventoriées : direction minimale, filtrage de SID vérifié, authentification sélective quand elle s'impose
  • Droits de création et de liaison des GPO restreints ; SYSVOL contrôlé

Supervision et reprise

  • Stratégie d'audit avancée activée sur les contrôleurs de domaine
  • Journaux centralisés en dehors du domaine
  • Alertes : entrée dans un groupe à privilèges, modification de GPO, modification d'ACL sensible
  • Alertes : réplication demandée par une machine qui n'est pas un contrôleur de domaine
  • Alertes : effacement du journal de sécurité, service installé sur un contrôleur de domaine
  • Journalisation PowerShell (blocs de script) activée et collectée
  • EDR couvrant contrôleurs de domaine, serveurs, postes, PAW et serveurs PKI
  • Exclusions antivirus documentées, justifiées et revues
  • Sauvegarde de l'état système, avec une copie isolée, idéalement immuable
  • Restauration réellement testée, pas seulement planifiée
  • Corbeille AD activée
  • Mot de passe DSRM connu, stocké dans un coffre, et renouvelé
  • Procédure de reprise de forêt écrite et répétée

6. Vérifier, plutôt que croire

Aucune de ces mesures ne se vérifie « à l'œil », et une GPO activée n'est pas une GPO appliquée. Des outils gratuits d'audit AD (PingCastle, Purple Knight) passent l'annuaire au crible de dizaines d'indicateurs et produisent un rapport priorisé. Faites-en tourner un avant de commencer, pour prioriser sur des faits plutôt que sur des impressions, et après chaque phase, pour mesurer le progrès réel.

Un cran au-dessus : rejouer, dans un environnement de laboratoire, les chemins d'attaque que vous venez de couper. C'est la seule manière de savoir si la mesure empêche vraiment quelque chose, si elle est détectée, et en combien de temps.

Ce que ce guide ne remplace pas

Un durcissement suivi à la lettre reste une posture déclarative : il dit ce qui devrait être vrai, pas ce qui l'est réellement dans votre environnement, avec ses exceptions historiques et ses applications métier fragiles. Un audit de sécurité ou un test d'intrusion ciblé sur l'AD - voir notre comparatif audit / pentest / red team - reste le seul moyen de vérifier qu'aucun chemin de compromission oublié ne subsiste.

Et le durcissement n'est pas un projet qui se termine : inventorier, auditer, durcir, tester, surveiller, corriger, savoir restaurer - puis recommencer, parce que l'environnement, lui, continue de bouger.

Un chantier qui se fait accompagné

Kenawek audite des Active Directory, priorise les chemins de compromission les plus critiques et accompagne leur remédiation sans casser les usages métier existants. Parlons-en.

Sources